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J'ignore l'origine du nom de ma commune : Figari.
Depuis quand porte-t-elle ce nom ? Je ne puis le dire.
Je sais seulement qu'autrefois, toute la région, et spécialement
ce qu'il est convenu de considérer comme pays plat était
désigné par " A pian da Freto". A pian
da Freto était infestée de moustiques et la malaria
y sévissait à l'état endémique,
ce qui contraignait la majeure partie des habitants à
déserter la pieve pendant au moins tout l'été.
Figari, qui a remplacé le nom de Freto, a d'abord servi
à désigner, jusqu'à il y a seulement moins
de quarante ans, l'ensemble du territoire de la commune, et
aucun village ne portait ce nom,ce qui donnait lieu à
bien des problèmes et erreurs.
Ainsi, à chaque changement de maire, au gré de
celui-ci, les archives, donc la mairie, se promenaient d'un
hameau à l'autre.
Cette anomalie a pris fin, au lendemain de la libération,
lorsque le maire, Mr Jean Pompa, issu de la résistance,
obtint du sous-préfet de l'époque, au vu d'un
rapport circonstancié, que la principale agglomération
Tivarello fut baptisée Figari.
QUARTIERS DU VILLAGE
Tivarello comprend divers quartiers, Tivarello, le centre du
village et le quartier le plus important ; puis, Subbarriacciu
(la partie supérieure de ce même quartier) ; Caravone
(lieu de ma naissance), qui comprend un sous-quartier l'Arghjola
(petite aire) à la sortie du village.
Entre Tivarello et Caravone, enfin Cappusgiellu .
Un lieu dit Fica Torta appelé encore Cagnetta ( où
est implantée la mairie) était un peu la ligne
de partage, une sorte de frontière entre Tivarello et
Caravone.
Entre les enfants, voire les jeunes gens de ces deux quartiers,
régnait, en certaines circonstances, une espèce
d'émulation, muée parfois en véritable
compétition, dans les jeux ; dans la confection des feux
de la Saint-Jean.
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Le feu de La Saint-Jean était
allumé trois fois consécutives. Des deux côtés
du village on voulait avoir le plus beau " Castellu ".
On entassait des branchages verts en forme de cône. Tous
se mobilisaient pour obtenir le " monument " le plus
haut, le plus imposant. Et lorsque le CASTELLU s'embrasait et
que commençait la ronde autour du feu, l'on chantait
: " U Castellu di Caravone é u cheffu lu cantonu
" ( le castellu de Caravone est le chef du canton)
; ou " U Castellu di tivareddu passa suttu a un bancchitetta
" ( le castellu de Tivarello passe sous le petit banc)
par dérision, est tout petit.
A quoi les tivarellais répliquaient " U Castellu
di Caravonu é tamante un buvonu " ( le Castello
de Caravone est grand comme un bousier) etc
.
A l'occasion du feu de la Saint Jean, une coutume rituelle voulait
que les jeunes filles se fissent " Commères de
la Saint-Jean ". En voici le déroulement : dés
que le brasier faiblissait, les jeunes filles saisissaient simultanément,
chacune, un charbon ardent, et le faisait sauter rapidement
d'une main dans l'autre tout en prononçant la formule
:
"Nous nous prenons compères et commères,
par le feu de la Saint-Jean ; celui ( ou celle) qui ne dira
pas, compère, commère, verra son bras se dessécher"
.
Et cet engagement, consacré par un rite solennel, était
scrupuleusement tenu, jusqu'à leur mort, celles qui l'avaient
pris, s'interpellaient toujours " O Cumma ! " suivi
par le prénom de celle à qui l'on s'adressait
(O Cummari Mari !)
CADRE
La pian da Freto, qui s'ouvre largement sur
la mer, puisqu'elle débouche sur le golfe de Figari et
se prolonge à l'est en se rétrécissant
vers la commune de Sotta, possède des limites naturelles.
La mer, à l'ouest, la chaîne de Cagna au nord-ouest
; au sud-est, un vaste plateau granitique accidenté,
allant de Montilati jusque dans la direction du col de Scopetto.
Les deux massifs, Cagna et le Castello, sont couverts d'une
végétation dense, formée de maquis.
La plaine était le domaine des chênes-lièges,
mais sa plus grande superficie était consacrée
à la culture des céréales et aux pâturages.
Les pentes des collines elles-mêmes, étaient démaquisées,
labourées, aménagées en étages par
des murettes et livrées au soc de l'airain, et le plus
souvent à la pioche du laboureur.
CLIMAT
Le cycle climatique annuel paraissait obéir
à un rythme équilibré qui réglait
avec netteté la succession des saisons.
Hivers plus rigoureux avec une pluviométrie plus abondante,
printemps somptueux où la végétation explosait
littéralement où, pourtant les fleurs éclataient
triomphalement dans une débauche de couleurs infinies,
et laissant monter de leurs cassolettes d'alchimistes subtils,
des parfums générateurs de toutes les plus belles
folies.
Les étés s'embrasaient en Juillet et Août
où la chaleur devenait caniculaire plongeant tout dans
une épuisante frustration.
Les moissons étaient rentrées, heureusement, et
les quelques travaux de jardinage surtout, se faisaient de très
bonne heure, avant même le lever du soleil.
Il faisait si chaud qu'il était impossible de dormir
pendant les longues siestes, aux après-midi interminables.
Les repas du soir se prenaient très tôt, et tout
de suite après, on se mettait au frais, allongés
devant la porte, jusqu'à minuit, ou plus tard, ne gagnant
la couche que lorsque l'atmosphère rafraîchie par
la nuit était moins suffocante.
Plus tard, la métamorphose des couleurs commençait
et marquait l'entrée dans la saison la plus faste.
" U Vaghjimu ", tel est le nom de l'automne
chez nous. C'était assurément la période
privilégiée de l'année. Tout devenait recueillement.
L'ardeur du soleil apaisée, tout baignait dans une sorte
de tiède quiétude qui envahissait la chair et
l'esprit, donnant l'impression d'un état de grâce.
Une expression " Novembre di l'oro ", dépeignait
cette saison, richesse et précieux éclat.
Il est évident qu'une rupture climatique s'est produite.
Les hivers sont moins rigoureux, plus secs, et l'insuffisance
des pluies a raréfié le débit des sources
ou les a taries. Nos petits cours d'eau se payaient la fantaisie
de crues fréquentes et quittaient leur lit. Aujourd'hui
on les passe presque tout le temps à gué.
Le printemps vient sans transition, gardant le sourcil froncé,
défunt de la splendeur passée.
Les étés sont devenus frais, quand ils ne sont
pas froids.
L'automne est quelconque et n'apporte plus aux choses et aux
gens cet état d'euphorie que l'on a connu.
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