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Pendant très longtemps, à cause du paludisme qui
anémiait la population, la " pian da freto "
était désertée l'été par
la majeure partie des habitants. Des familles entières
quittaient " a piaggia ". Cette transhumance humaine
se faisait toujours après la moisson, lorsque blé
et orge avaient été engrangés. Les lieux
de migration différaient.
Les Tivarellais, pour la plupart
se rendaient à Carbini ; les gens d'Ogliastrello et Tarabucceta
allaient à Foce d'ulmu entre Carbini et Oronu ; les habitants
de Poggiale et San Gavino gagnaient une résidence appelée
Naseu, au flanc de la chaîne de Cagna, ou chaque famille
avait construit une modeste maisonnette en pierres sèches.
Ce mouvement saisonnier s'appelait " A Muntanera ",
de Muntanà ( se rendre à la montagne (en estive)).
Quelques personnes seulement restaient à la Piaghja (la
plaine), pour surveiller le bétail, les jardins, et les
vignobles. Une personne par famille en général.
Ces voyages pour la montagne s'organisaient par groupes, après
s'être entendus sur la date de départ.
La caravane de chevaux, de mulets et d'ânes s'ébranlait,
avant l'aube, dans un indescriptible et joyeux tumulte d'appels,
de cris, d'interpellations, de rires
" Aioh ! Semu pronti ! Hu ! "
Chaque bête portait une
charge d'objets hétéroclites, sur laquelle on
juchait les enfants, tout fiers dans cet équipage.
Les adultes suivaient à pied, discourant à haute
voix, à bâtons rompus, pour se faire entendre,
tant le vacarme de ce long cortège était grand.
Dès qu'on entamait la côte, devenant de plus en
plus rude, l'allure ralentissait, le sentier devenait abrupt,
parfois dangereux quand il côtoyait des précipices
.
On stimulait, on encourageait les braves bêtes : "
Acconcia, o Fasgia ! ", qui pouvait se traduire par "
Arrange toi ! Fais attention ! " Et les animaux avançaient
avec précaution, le pied prudent, mais sûr.
De ces chevauchées, auxquelles, tout enfant, j'ai maintes
fois participé, j'ai gardé un merveilleux souvenir.
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